05 octobre 2010

Henry Miller II

Henry Miller - Sexus - 1949 - extrait (page 116 - parlant d'un des ses amis étudiant en médecine)

spéciale dédicace à M.L. et ses amis étudiants en médecine

Il avait étripé, disséqué, haché menu tant de cadavres, qu'elle (la mort) avait fini par prendre pour lui une signification rembrandtdes plus concrètes... celle d'un morceau de viande froide étalé sur le marbre d'une morgue, pour ainsi dire. La lumière s'éteignait, la mécanique s'arrêtait ; dans un instant ça se mettrait à puer. Voilà, c'était l'évidence, la simplicité même. Dans la mort, l'être le plus adorable du monde se résolvait en un vulgaire assemblage de tuyauteries qui n'était guère fait pour émouvoir, qui laissait même étonnamment froid. Il s'était penché sur sa femme, juste après que la gangrène se fut mise en elle ; à l'entendre, il aurait pu tout aussi bien se pencher sur une tranche de morue, malgré tout le charme qu'elle pouvait avoir. La pensée des souffrances atroces par lesquelles elle passait, s'effaçait devant la connaissance de ce qui se passait à l'intérieur de son corps. La mort avait déjà fait son entrée ; rien de fascinant comme de la voir à l'œuvre. La mort est perpétuellement présente, affirmait-il. La mort guette, tapie dans les coins d'ombre, attendant la moment opportun de redresser la tête et de frapper.

Illustration : Rembrandt - la leçon d'anatomie - 1632

Posté par madamedekeravel à 08:13 - - Commentaires [10] - Permalien [#]


Commentaires sur Henry Miller II

    ça...

    ...pour guetter, elle nous guette cette mort... j'aime lorsqu' l'on parle d'elle ainsi, bien franchement ....presque détaché ,comme si cela n'avait pas d'importance.... et pourtant!!!...
    ...et tu penses que ces étudiants deviennent si froids???

    Posté par manola, 05 octobre 2010 à 08:31 | | Répondre
  • Cruel et froid... mais la mort nous accompagne bien en permanence, non? Pour moi, elle marche toujours à ma gauche, pas tapie,non, juste là à attendre l'heure. Elle est quand même drôlement patiente!!

    Posté par MarieNeige, 05 octobre 2010 à 09:30 | | Répondre
  • Oui, j'ai souvent pensé qu'on devrait dire des mères qu'elles donnent la mort, pas la vie.

    Posté par Walrus, 05 octobre 2010 à 10:59 | | Répondre
  • Me rappelle un ami étudiant en médecine qui nous avait proposé (une copine et moi-même) d'entrer dans la salle de dissection. La copine a accepté, j'ai décliné. Elle est ressortie blanche comme un linge au bord de l'évanouissement. Je n'étais pas faite pour ça et je le savais.

    Posté par Zoë, 05 octobre 2010 à 14:15 | | Répondre
  • Très souriant le billet de ce jour, heureusement que dehors il fait un soleil à tout casser et que l'heure du déjeuner soit passée... )
    En dehors de ces considérations, c'est vrai qu'il ne faut pas oublier que si on est vivant c'est parce qu'on n'est pas encore mort...

    Posté par tilu, 05 octobre 2010 à 14:40 | | Répondre
  • bien dit tilu !
    sincèrement les dissections ne sont plus ce qu'elles étaient. je n'ai pas fait moi mm une seule dissection nous avions le droit de regarder (vingt autour d'un cadavre ... les grands ont de la chance)mais à partir des années 70 il y avait trop d'étudiants en première année pour faire des dissections les cadavres sont rares et on ne confie pas un bistouri à un jeune fou de 18 ans (ou pire à deux fous)
    au cours des études de médecine on nous apprend (quasiment sans un mot) à nous "blinder" à prendre du recul
    se blinder contre la vue d'un cadavre n'est pas très dur
    bien plus dur de se blinder face à la souffrance des proches, ou face à la maladie, aux blessures, et bien d'autres horreurs.

    Posté par zigmund, 05 octobre 2010 à 15:01 | | Répondre
  • bla bla

    Manola >> ils ne deviennent pas froid mais professionnels

    Marie-Neige >> elle est patiente ? c'est qu'elle a beaucoup à faire...

    Walrus >> on peut dire aussi : la vie est une maladie mortelle (sexuellement transmissible, c'est ce que dit Woody Allen)

    Zoë >> je me demande s'il y a des étudiants en médecine qui abandonnent suite à leur première dissection...

    Tilu >> soleil à tout casser !!!??? quelle veinarde !

    Zigmund >> oui sans doute, la maladie est pire que la mort, mais moins définitive, ou du moins veut-on se le faire croire...

    Posté par Madame de K, 05 octobre 2010 à 17:26 | | Répondre
  • c'est ça : vivons heureux en attendant la mort.

    Posté par berthoise, 05 octobre 2010 à 19:41 | | Répondre
  • C'est succulent, une bonne brandade de morue, d'abord
    Allez, longue et belle vie à tous

    Posté par Fred Cokenpat, 05 octobre 2010 à 22:36 | | Répondre
  • Je partage l'avis de zigmund ici. Un corps froid qui ne bouge plus, je crois pouvoir y faire face plus qu'à un corps en souffrance.
    Et puis la mécanique des corps me fascine...

    Posté par Lune, 06 octobre 2010 à 06:22 | | Répondre
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